Innovations de rupture… stop ou encore ?

Innovations de rupture… stop ou encore ?
29 septembre 2014 PAMART Laure

Deux écoles s’opposent sur cette question cruciale ; l’innovation de rupture qui a été le principal facteur de croissance des pays développés depuis 250 ans est-elle en panne ?

OUI

Les partisans du oui, tels Patrick Artus (directeur de la recherche et des études de Natixis), Robert Gordon (Université de Northwestern) et Jan Viig (Albert Einstein College of Medicine) voient dans le développement du capitalisme trois étapes/révolutions dues à l’innovation.

  • 1750-1850 : Machine à vapeur, boom de l’industrie textile, chemin de fer, télégraphe.
  • 1850-1950 : Electricité, eau courante, téléphone, automobile, cinéma, avionavec comme conséquence une amélioration du niveau de vie, en particulier la fin du travail des enfants et la baisse de la mortalité.
  • 1950-2004 : arrivée de l’informatique qui permet une forte augmentation de la productivité et ouvre la porte à l’internet, au commerce en ligne, au téléphone mobile, à la robotisation,…..

Mais les avancées actuelles – même si elles aident à mieux gérer nos loisirs – n’accroissent que faiblement la productivité. Le MP3 remplace le Walkman mais on écoute toujours de la musique, on réserve son billet sur internet et plus dans une agence de voyage mais on vole toujours dans le même avion… Le passage de la diligence à l’avion lui a été une vraie rupture.

Ils mettent en avant trois raisons à cette panne d’innovation :

  • Une demande de normes réglementaires croissante pour nous protéger des nouveaux risques (Inscription du principe de précaution dans la constitution en France)
  • Un esprit entrepreneurial qui favorise l’enrichissement à court terme par la production de gadgets et d’amélioration de l’existant, plutôt que la recherche de nouvelles frontières. Le Net attire aujourd’hui de nombreux entrepreneurs dont le rêve est de créer des applications leur permettant de faire des fortunes aussi rapides qu’énormes en milliards de $.
  • Le secteur privé se lance rarement dans les innovations majeures. Le secteur public s’y attelait dans un passé récent du fait de la crainte des conflits internationaux.

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Indicateur d’intensité de l’innovation : la valeur 1 indique une innovation de rupture par an. (Jan Viig)

NON

Les partisans du non, tels Erik Brynjolfsson et Andrew McAfee pensent que  « les avancées digitales sont en train de faire pour notre pouvoir mental ce que la machine à vapeur et ses descendants ont fait pour le pouvoir des muscles ».

Les gains de productivité sont ceux qui sont associés à l’essor et à l’efficacité du capital intellectuel.

Or, l’innovation, soulignent les deux spécialistes du MIT, consiste surtout à recombiner différemment et de manière originale des choses qui existent déjà. Les innovations techniques actuelles nous donnent comme jamais auparavant la possibilité de recombiner. Ainsi, trois vieilles technologies comme un GPS, des capteurs et une voiture donnent naissance, une fois associées, à la voiture sans chauffeur. Plus sûre avec ses radars intégrés, au fait des évolutions de la circulation, elle nous permettra d’utiliser plus efficacement nos temps de transport individuel contraints.

Surtout, la révolution digitale nous permet de produire de plus en plus de connaissances de plus en plus vite, et donc – c’est le point essentiel – d’innover de manière exponentielle : la capacité de traitement des ordinateurs double tous les dix-huit mois ! Cela ne permet pas seulement de les rendre plus petits, plus légers et en même temps plus puissants, mais aussi de pouvoir réaliser des choses qui semblaient jusqu’alors hors de portée en matière d’intelligence artificielle ou de robotisation. Cela renforce considérablement le capital intellectuel de l’économie et sa productivité.

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Selon l’OCDE la création mondiale de données devrait connaitre une croissance de 40% par an. La capacité de stockage et de traitement des connaissances connait une croissance exponentielle.

Chaque jour, un plus grand nombre d’internautes a accès à un plus grand nombre de connaissances avec les effets pervers induits bien connus :

  • De plus en plus de données (par forcément de la connaissance) sont consultées sans qu’elles soient contrôlées ou modérées.
  • De plus en plus d’internautes passent de nombreuses heures à consulter sur leur lieu de travail ou de loisir  des informations : la valeur ajoutée de ce « travail » est difficilement mesurable.
  • Les media vivent à l’heure des Tweet sur les « petites phrases » des politiques, sur les exactions des terroristes, sur les catastrophes naturelles….. tout un tas d’information qui ne fait guère avancer la productivité.

Alors la question reste posée Innovations de rupture… stop ou encore ?

Robert Kalocsai, Fondateur Software Continuity
Trésorier de l’IE-Club

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