Défis technologiques et physiques de la mobilité

Défis technologiques et physiques de la mobilité
28 avril 2005 PAMART Laure

Compte-rendu de la conférence “Défis technologiques et physiques de la mobilité”
28 avril 2005 au Palais Brongniart

18h – Accueil des participants par Florence Ribes, Partner IRIS Finance & Membre Exécutif de l’IE-Club.

« Je suis très heureuse de vous accueillir au nom de toute l’équipe de l’IE-Club pour cet événement qu’est la mobilité, alors c’est un sujet vaste, complexe, dans l’air du temps si je peux me permettre ce jeu de mot facile. Mais effectivement il s’agit d’air, de câble, de différentes technologies et d’enjeux économiques où finalement on a beaucoup de mal à se retrouver, y compris nos amis investisseurs qui sont perplexes sur les choix (wi-fi / UMTS / autres technologies) dont on va parler ce soir. Il s’agit aussi de temps et vous allez voir que ces nouvelles technologies permettent beaucoup de choses, aussi bien de continuer à travailler, de s’informer, de faire des transactions en dehors de chez soi (ce qu’on appelle le nomadisme). Mais également de faire la même chose pendant les temps de transport et c’est la vraie et pure mobilité, ce qui correspond à des vraies prouesses techniques et des technologies très différentes en cas de nomadisme et en cas de mobilité. On va rentrer dans le détail de toutes ces technologies mais vous allez voir que le temps à un impact sur la valeur du temps de transport et on a un expert qui va nous parler de cet impact sur les temps de transport.

Comme cela nous tiens à cœur à l’IE-Club, nous allons parler de la synergie entre industriels, PME innovantes, laboratoires de recherche et investisseurs financiers. Pour cela nous aurons des cas concrets de ce que l’on trouve dans la mobilité avec tous ces acteurs lors de notre table ronde. Enfin nous conclurons en essayant de débattre sur les enjeux économiques de ces différentes technologies. » Florence Ribes

18h10 – Présentation de Guy Pujolle, Professeur à L’Université Paris 6 , spécialiste des technologies Télécom et membre du comité scientifique du groupe “France Télécom”
Nouvelles technologies (mobilité/nomadisme)

Présentation sur le nomadisme qui deviendra plus tard mobilité.
Mobilité : changement régulier d’antennes, effectuer des changements intercellulaires ou handover ou handoff. Continuité en se déplaçant lié à un réseau de mobile.
Nomadisme : lié à un réseau sans fil « je reste dans une cellule autour d’une antenne ».
Mobilité restreinte : 6km/h, suffisant pour le wi-fi mais va augmenter rapidement. Aujourd’hui on observe une accélération de la compétition entre la mobilité et le nomadisme.
Différents types de réseaux : Réseaux personnels (PAN), Réseaux d’entreprise (LAN), Réseaux de ville (MAN, Metropolitan Access Network) et Réseaux de région : RAN (Regional Access Network), réseaux avec des cellules de 200 à 300 km.

18h40 – La mobilité, une affaire de relations ? Table-ronde animée par Thomas Defaye, Directeur Adjoint INRIA-Transfert, avec la participation, autour d’exemples concrets de relations mutuellement fructueuses, de représentants de PME innovantes, de grandes entreprises, de fonds d’investissements et de laboratoires de recherche.

Sont intervenus :

  • Laurent Cervoni, Président Cervoni Conseil              
  • Guy Pujolle, Professeur et Chercheur Université de Paris
  • Stéphane Distinguin, PDG Fabernovel                   
  • Benoît Rottembourg, DSI TF1
  • Serge Ferré, Vice-Président Nokia France                  
  • Armand Sibony, Managing Partner Convergent Capital
  • Yannick Levy, PDG DiBcom                                    
  • Jean Terrier, Directeur Marketing Transdev
  • Didier Moret, Directeur Général I-Source Gestion       
  • Hubert Zimmermann, PDG UDcast

« Le titre de cette table ronde c’est « la mobilité : une affaire de relation », en effet la mobilité c’est d’abord pour aller chercher des relations (on est en situation de mobilité souvent lorsqu’on doit aller rencontrer des gens) et ce faisant on souhaite rester en relation avec d’autres gens ou des sources d’information. Et pour bâtir ces solutions concrètes on a également besoin de relations et ces solutions concrètes se bâtissent à plusieurs. Et notre philosophie à l’IE-Club c’est de montrer comment les PME innovantes contribuent à bâtir ces solutions avec leurs grands partenaires : les grandes entreprises, les investisseurs, les laboratoires publics et privés et les pouvoirs publics. Dans ce contexte bien particulier de la mobilité nous allons voir ce soir une série d’exemples très concrets de relations mutuellement fructueuses autour de propositions de valeur. »  Thomas Defaye

Premier trio autour de l’exemple d’Udcast.

La télévision sur mobile : prochaine “killer application” pour les années à venir

Avec :

  • Serge Ferré, Vice-Président Nokia France
  • Hubert Zimmermann, PDG UDcast
  • Didier Moret, Directeur Général I-Source Gestion

Serge Ferré : « Souvenez vous de la téléphonie mobile en 1990 : tout était très clair. Notre opérateur avait une vision pas forcément vraie même si on avait 4 silos cohérents : la téléphonie fixe, la téléphonie dans la rue avec les cabines publiques, la téléphonie mobile avec les piétons (Bibop), la téléphonie mobile dans les voitures. Dix ans plus tard on parle maintenant de télévision mobile. Si nous faisons le même scénario : il y a la télévision fixe, la micro-télévision sur les mobiles et la télévision mobile dans les voitures.

Si on regarde cette téléphonie mobile, sur votre téléphone mobile vous savez qui vous appelle, vous avez vos contacts, vous avez des photos, vous avez un certain nombres d’informations qui n’existent absolument pas sur la téléphonie « anonyme » dite téléphonie fixe. La télévision mobile c’est un peu la même chose, il y a la télévision fixe (qui est regardée par tout le monde, on ne sait pas très bien qui) et puis on a la télévision mobile qui est personnalisable par chaque utilisateur. Donc je voudrai vous faire prendre conscience que le produit de télévision mobile ne ressemble pas plus à la télévision fixe que le téléphone de voiture ne ressemble au téléphone mobile que vous avez dans votre poche. Ceci est extrêmement important parce qu’il faut ne pas craindre d’ouvrir le champ des contributeurs de ce business de demain. Il n’y a pas un silo complètement organisé qu’est la télévision fixe, un silo complètement organisé qu’est la téléphonie mobile et entre les 2 un petit quelque chose complémentaire qu’on appellerait la télévision mobile. L’ambition de Nokia c’est justement de prouver que cette télévision mobile représente un secteur de média, un secteur industriel aussi important que le secteur de la téléphonie mobile, notamment pour les acteurs de la télévision fixe. Nous nous sommes tous trompés en 1991 sur la taille de ce business qu’est la téléphonie mobile et nous n’avons pas finis d’être surpris avec l’arrivée de l’UMTS, nous n’avons pas finis d’être surpris par ce que le téléphone mobile sera capable de faire. Donc ça n’est pas fini et la télévision mobile c’est une énorme aventure. En conséquence Nokia s’est lancé dans cette aventure en voulant prouver qu’elle n’émergera que si l’on réuni les acteurs de la chaîne de valeur et a ainsi lancé des expérimentations un peu partout dans le monde. […] Ce que nous faisons avec Udcast – et Udcast le développera mieux que moi – c’est la conception d’une plate-forme technique que nous logeons chez un diffuseur technique et nous demandons à Udcast de fournir la technologie qui permette de fluidifier les services. Je voulais donner le recul et le contact entre l’éditeur de contenu, le Telecom pour la voie de retour et le consommateur parce que c’est lui qui a le produit dans la poche. Je voudrai terminer en disant qu’il n’y a pas de conflit entre les Télécom (Bouygues Telecom et TF1), il y a finalement des couches sur lesquelles le contenu doit être accessible quelque soit sa configuration (gratuite ou payante). Ces couches sont évidemment le DVDT, l’ADSL, le Wi-Fi, l’UMTS et désormais le DVBH. »

Hubert Zimmerman : « Pour une start-up de haute technologie on part en général avec un savoir-faire, une expertise, de la technologie et puis avec ce petit trésor on se met en quête d’un marché. Il vaut mieux que ce marché n’existe pas encore, car s’il existe déjà les places sont prises et par des gens souvent expérimentés … Il faut donc un marché qui n’existe pas encore et il faut y trouver sa place dans l’écosystème qui va le servir. C’est à ce moment que le fait de trouver un grand partenaire – qui lui peut se permettre d’avoir une vision et d’intervenir sur le développement du marché – est une vraie chance. Pour nous chez Udcast, comme chez toutes les start-up, on se positionne sur une trajectoire et s’il on est seul il y a de forte chance pour que la belle idée ne mène nulle part. Alors que si on a la chance d’embrayer sur un partenaire qui va développer une démarche qui va faire se développer le marché, notamment en trouvant d’autres partenaires avec qui avancer, on a une réelle opportunité de réussir. […] C’est ce qui s’est passé entre Udcast et Nokia. Udcast est issu du laboratoire de recherche de l’INRIA dans les années 90 (recherches sur l’IP dans les milieux broadcast). A un moment donné les équipes de chercheurs se sont dit qu’une application extraordinaire était en train de naître : la diffusion IP par satellite. Avec notre petite technologies et quelques contacts dans le milieu industriel on a lancé le projet. Il se trouve que le succès n’a pas été immédiatement au rendez-vous comme nous avions pu l’espérer mais nous avons continué à avancer sur l’idée. Et quand Nokia a décidé de mettre en route ce projet fin 2002 et a cherché des partenaires capables de faire avec lui le chemin pour la technologie IP : Nokia a découvert Udcast. Nous avons passé ensemble un accord sur la manière de travailler sur le sujet et nous avons longtemps travaillé en secret jusqu’au moment ou – ayant un niveau d’infrastructure et de terminaux prêts – Nokia a mis en route ses expérimentations. Depuis un an la télévision sur les mobiles avec le DVBH est quelque chose qui commence à passionner les foules et on estime qu’on a un marché et une occasion assez extraordinaire de créer une nouvelle killer application, un phénomène assez équivalent à ce qui a pu se passer avec la téléphonie mobile il y a quelques années. »

Thomas Defaye : « Dans ce processus est-ce que vos investisseurs ont-eu un rôle important ? »

Hubert Zimmerman : « Les investisseurs ont joué un rôle vital en ce sens que tant qu’on a pas trouvé un marché suffisamment large, la société n’est pas à même de vivre par ses propres moyens. Il faut qu’elle continue à investir pour trouver sa place dans le marché et cet investissement a été possible chez Udcast grâce aux investisseurs (I-source notamment). Donc premier apport vital des investisseurs : de l’argent pour investir et trouver sa place. Les investisseurs aident également la société à choisir les domaines sur lesquels investir, sur lesquels se concentrer. »

Thomas Defaye : « Alors Didier l’idée de se focaliser sur la télévision mobile autour du standard DVBH est-ce que finalement c’est la vôtre ? »

Didier Moret : « Je voudrai déjà remercier Hubert de tout ce qu’il a dit sur ses investisseurs, d’autant plus que I-source est aujourd’hui le plus petit investisseurs d’Udcast, ce qui nous montre bien que la taille ne compte pas. Ensuite au niveau du focus ; le sujet de la « killer ap », c’est des mots qui font toujours plaisir aux investisseurs. Je crois qu’il y a deux vrais sujets : passer de la technologie au produit et créer de la valeur / rentabilité. Si tout le monde comprends que la start-up n’a pas pour vocation d’être bénéficiaire la première année, elle n’a pas non plus vocation à être déficitaire pendant 20 ans. Se pose donc le problème d’avoir un produit marchand qui a un intérêt pour tous les acteurs impliqués : Udcast, employés d’Udcast, clients et investisseurs. »

Thomas Defaye : « Et dans les relations avec Nokia, est-ce que vous les avez aidé ? »

Didier Moret : « J’insiste sur cette notion de produit marchand, parce que c’est – à mon avis – la clé du processus d’innovation. On parle beaucoup de financement de la recherche, de collaboration autour des grandes entreprises dans le domaine de la recherche et ces sujets sont maîtrisés par les grandes entreprises. […] Maintenant la clé c’est la distribution de l’innovation. Pour bien définir le business model il est important d’être en relation avec l’écosystème et en particulier avec les pionniers. C’est pourquoi nous voyons d’un très bon œil qu’il y est une compagnie de lancement qui aide la société Udcast a mieux définir ses produits et à mieux se positionner vis à vis de son écosystème. »

Thomas Defaye : « Pour conclure j’aimerai demander à Serge Ferré, de Nokia, de nous résumer en un mot ce qu’apporte Udcast à Nokia. Le bénéfice pour Nokia ? »

Serge Ferré : « Il faut expliquer que Nokia est organisé en quatre business unit + une business unit qui s’appelle « new venture ». Nous avons un processus de mise en relation et d’interrogation sur des recherches et des idées. Après avoir trié toutes ces propositions on s’intéresse à trouver des partenaires qui sont capables de porter finalement les idées de Nokia, grâce à l’adjonction de partenaires extérieurs sur des solutions toujours ouvertes à ce qui y ai demain un marché. Une fois que l’idée a germée, elle est immédiatement transférée dans une business unit de manière à exploiter au bout du compte ce produit, cette découverte en rationalisant toutes ces contraintes, notamment la contrainte de coût. »

Thomas Defaye : « Mais l’idée de positionner Udcast sur le DVBH, elle vient de qui ? »

Serge Ferré : « Elle vient certainement d’un certain nombre de chercheurs parce que le DVBH fonctionne sur le datacasting sur IP. Alors une fois qu’on a défini la manière dont on allait opérer cette diffusion d’un signal on recherche les entreprises, les start-up, qui ont cette même analyse qu’il faille dépasser le simple sujet diffusion pour trouver un vecteur porteur de d’avantage de potentiel que le seul potentiel de la télévision. En fait demain avec le DVBH on peut envoyer des données, de la musique, y compris de l’image. Ce n’est pas que de la télévision qu’on fera demain sur votre mobile, vous vous en servirez pour beaucoup d’autres fonctions que nous devons demain aider à faire émerger comme nous pensons avoir aidé le DVBH a émerger grâce au choix de la technologie. »

Deuxième trio autour de l’exemple de Dibcom.  

Avec :

  • Yannick Levy, PDG DiBcom
  • Armand Sibony, Managing Partner Convergent Capital
  • Benoît Rottembourg, DSI TF1

Yannick Lévy : « Dibcom conçoit des circuits intégrés pour la télévision mobile. Donc directement selon la norme DVBH. La société existe depuis 5 ans et à l’origine on avait envisagé la télévision mobile sur quelque chose qui se déplace mais pas forcément sur mobile, on avait d’abord pensé à l’automobile. On a donc mis sur le marché une puce pour recevoir la TNT dans sa voiture, cette puce équipe un certain nombre de grandes marques automobiles (Mercreds, Audi, Volkswagen…). Ca a été nos premiers contacts avec les grands groupes, enfin pas directement parce qu’on vend des puces. Mais on a été amenés au départ à exercer un certain lobbying auprès de ces gens là pour leur démontrer que ca fonctionnait et qu’on pouvait recevoir la TNT jusqu’à des vitesses de 250 km/h (ce que nous pouvions atteindre en Allemagne sur l’autoroute). »

Thomas Defaye : « Quel a été le constructeur automobile le premier intéressé ? »

Yannick Lévy : « On ne va pas donner un nom de constructeur en particulier mais on va dire que c’est l’Allemagne qui a été clairement leader sur le sujet. L’industrie Allemande est très focalisée sur l’introduction de nouvelles technologies sur ses hauts de gamme. On a commencé avec DVBT, qui est la norme de TNT classique et puis « miraculeusement » on a profité de la vision d’autre acteurs de l’écosystème et nous avons donc opté pour le DVBH. »

Thomas Defaye : « Et concrètement qui vous a aidé à effectuer cette transition du DVBT vers le DVBH ? »

Yannick Lévy : « Je pense que la transition s’est faite assez naturellement, entre un business plan qui est écrit au départ et qui est discuté avec les investisseurs et ce qui se passe réellement dans les faits, les facteurs extérieurs évoluent et en fonction de ces évolutions une start-up est capable de s’adapter sans avoir a chambouler complètement ses plans. »

Thomas Defaye : « J’aimerai demander à Armand Sibony de nous citer un exemple concret d’une contribution importante de sa structure dans le développement spectaculaire de Dibcom. »

Armand Sibony : « Je crois qu’il est bon de rappeler que lorsque Yannick Lévy avait sa société en formation, Convergent était également un fond en formation. Ma première réaction lorsque j’ai vu le business plan de Yannick c’était de dire qu’il n’était pas ambitieux et lui m’a répondu qu’on lui disait que c’était déjà trop ambitieux. Nous avons la chance d’avoir dans notre équipe des industriels du semi-conducteur et des anciens patrons de grandes sociétés de semi-conducteurs, donc très vite nous avons mis en marche cet équipe qui a eu un très bon « fit » avec Yannick en nous confortant notamment sur la qualité de son équipe (que ce soit au niveau technologie ou marketing). Nous avons évidemment eu du mal à convaincre des investisseurs car le secteur des semi-conducteurs en France était évidemment risqué et celui de la TNT – qui n’existait pas alors – encore plus ! Nous avions la conviction que l’équipe pouvait arriver au bout de son projet et le premier chip était disponible sur le marché 18 mois plus tard. La question a ensuite été de faire du chiffre d’affaire et c’est grâce à notre écosystème – notamment asiatique – que les ventes ont pu décoller. Aujourd’hui encore 50% du chiffre s’effectue en Asie. »

Thomas Defaye : « Benoît est-ce que vous partagez la vision de Serge Ferré sur la télévision mobile et que fait TF1 dans ce domaine ? »

Benoît Rottembourg : « Premièrement je voudrai dire qu’il y a un peu d’émotion chez moi parce que j’ai été étudiant de Guy Pujolle, donc bonsoir maître quelques années après. Ensuite pour répondre à la question je dirai que je ne suis pas un homme de vision, je ne partage ni n’entre en conflit avec les vision des autres. En revanche je me promène, et j’ai découvert il y a un an en Corée la première expérimentation de télévision mobile avec le patron de Samsung qui présentait la première télévision sur téléphone. Depuis quelques semaine je teste la télévision UMTS sur mon mobile et je suis étonné du confort que ça offre mais je suis surtout étonné du coût ! Aujourd’hui regarder la télévision sur UMTS c’est fantasmagorique. La deuxième chose qui m’a freiné sur la télévision mobile c’est que les Coréens nous avaient vendus un business model avec un programme additionnel de télévision de 20 minutes par jour. Je suis allé voir le marketing de TF1 qui était plus que sceptique sur l’opportunité de vendre ce service aux annonceurs (pas de certitude sur la cible, l’audience…). Donc ce qui m’empêche d’avoir une vision sur ce sujet c’est : de savoir qui va supporter le coût de la diffusion et est-ce que le CSA va ouvrir des fréquences adaptées. Il y a donc aujourd’hui un réel problème de business model. Pour répondre à la question les expérimentations de TF1 sont vastes : Nokia/Bouygues Telecom, TF1 sur plusieurs supports. »

Thomas Defaye : « Quelle est la place des PME innovantes dans ces expérimentations et dans les expérimentations du groupe en général ? »

Benoît Rottembourg : « Aujourd’hui je ne suis pas assez au courant. Mais en général on a remarqué que chez Bouygues Telecom les dissymétries de taille ne permettaient pas aux PME innovantes de passer par les canaux normaux d’achat fournisseurs. On a donc mis en place une fédération d’entités de projets innovants qui existe dans toutes les filiales de Bouygues Télécom. En général ces entités comptent 10 à 20 personnes, ce n’est pas de la vraie R&D, c’est plutôt un mélange de banc d’essai et d’expérimentations. Ces zones doivent être vues comme des micro-incubateurs . »

Thomas Defaye : « Avant de passer à la 3ème partie de cette table-ronde j’aimerai remercier publiquement Benoît Rottembourg qui contribue grandement au travail que l’on fait pour apprécier les propositions de valeur que font les entreprises innovantes de haute-technologie informatique dont nous nous occupons. »

Troisième trio autour de l’exemple de Fabernovel.  

Avec :

  • Stéphane Distinguin, PDG Fabernovel
  • Jean Terrier, Directeur Marketing Transdev
  • Laurent Cervoni, Président Cervoni Conseil 

Thomas Defaye : « M.Terrier vous êtes le directeur marketing du groupe Transdev, qui est un des leaders européen de la mobilité physique des personnes au niveau local. J’aimerai que vous nous décriviez l’objet de ce partenariat fructueux avec la structure que dirige Stéphane Distinguin autour du ticket électronique »

M.Terrier : « Je vais présenter Transdev puisque nous sommes sur un type d’activité un petit peu différent de ce dont nous avons parlé jusqu’à présent ce soir puisqu’on est plus trop dans la haute technologie mais dans la mobilité au quotidien, dans le déplacement des hommes. Notre métier chez Transdev c’est préparateur de transport, aujourd’hui opérateur de mobilité. On intervient en France, on intervient à l’étranger dans 3 grands domaines : la gestion des réseaux de transport publique pour les collectivités locales, l’assistante et la maîtrise d’ouvrage dans la gestion de projets lourds, notamment dans le développement des projets de tramway (sur lesquels nous avons eu vocation de leader au niveau mondial) et notamment sur le conseil aux collectivités. Les nouvelles technologies c’est donc pour nous permettre d’être plus performants sur notre marché et d’améliorer notre productivité interne pour que nos coûts de production soient revus à la baisse. C’est dans ce cadre que nous avons donc développé ce partenariat avec Fabernovel et Stéphane Distinguin depuis 3 ans. En matière d’innovation dans le transport public il est important de voir qu’il y a deux domaines sur lesquels on agit : innovation sur le produit (produit marketing) et services et produits aidant le client dans son déplacement. Ce qui nous intéresse c’est l’immédiat : qu’est-ce qu’on est capable d’offrir tout de suite à l’ensemble de nos clients ? Et quand je dis « tout de suite » c’est quelque chose qu’on va pouvoir développer en moins d’un an pour des coûts relativement réduits. […] On essaye donc de développer des nouveaux produits et services qui sont des outils d’assistance et d’aide au déplacement qui utilisent le téléphone mobile comme support. Je voudrai citer trois produits que nous avons développés avec Fabernovel (deux opérationnels et un que nous venons de signer) :

  • Mobitrans : qui permet d’avoir sur son mobile des informations sur les temps d’attente sur n’importe quels arrêts d’un réseaux et n’importe quel véhicule.
  • Digitix : ticket virtuel (achetés et stockés grâce à son mobile)
  • Réservation et paiement concernant la location de vélos »

Thomas Defaye : « Concrètement Stéphane comment s’est fabriqué Digitix ? »

Stéphane Distinguin : « Digitix c’était le deuxième projet commun avec Transdev, nous sommes intervenus sur leurs besoins d’innovation. En fait nous sommes intervenus très en amont en réfléchissant avec le groupe sur les nouveaux usages. L’objectif de Fabernovel c’est clairement d’être une plate-forme d’innovation et d’intervenir donc très en amont. […] Aujourd’hui Digitix est une filiale de Fabernovel et de mobivillage qui opère une solution de dématérialisation de billets, qui a ses premières applications dans le transport mais également dans le spectacle. »

Thomas Defaye : « La première expérimentation s’est donc faite avec le groupe Transdev, vous et ce parce que vous avez très en amont accompagné le groupe dans sa réflexion sur les usages. Et aujourd’hui Transdev vous interdit pas d’exporter ce savoir-fa  ire et cette proposition de valeur sur d’autres groupes, notamment concurrents ? »

Stéphane Distinguin : « Si bien sur. Effectivement sur les applications de transport Transdev a l’exclusivité. En revanche nous avons la possibilité d’utiliser cette solution sur d’autres marchés tels que le loisir ou du couponing. »

M.Terrier : « Je vais compléter sur cette partie « synergie entre Transdev et Fabernovel ». Il est important de voir la richesse de ce travail en commun que nous effectuons depuis 3 ans. Notre métier c’est vraiment le transport de personnes. On voit bien depuis le début de cette soirée que toutes ces problématiques de nouvelles technologies sont très pointues. Et nous nous engagés dans cette voie nous ne savons pas faire, on ne sait pas développer en interne des équipes pour travailler sur ce sujet. La richesse de ce partenariat c’est que nous on connaît les attentes de nos clients et on connaît nos faiblesses internes, ce que nous apporte Fabernovel derrière c’est la meilleure technologie qui va utiliser ou combler les déficits. La richesse c’est aussi que chacun reste dans son domaine d’activité tout en sachant échanger utilement sur des projets communs. »

Thomas Defaye : « Je voudrai donner la parole à Laurent Cervoni pour qu’il nous dise en quoi la mairie de Pau, dans les applications de mobilité, met à contribution des PME innovantes. »

Laurent Cervoni : « La société que je dirige fait du conseil et de l’accompagnement auprès de collectivités et d’entreprises dans les nouvelles technologies depuis 8 ans. Nous avons accompagnés par exemple le Pays Vandommois y’a plus de 2 ans sur une démarche d’accès Internet satellite dans des villages, l’INSEAD qui est un des plus gros campus en Wi-fi en France avec près de 90 points d’accès couvrant tout le campus et il y’a également la ville de Pau. Je suis très heureux de voir que le cœur de la ville de Pau bat au milieu de cette salle puisque Jean-Michel Billaut – qui est un des pères de Pau Broadband Country – est présent. Effectivement la ville de Pau a un projet de très très haut débit qui est parti d’un constat de la fin des années 80. Sur Pau, avec un réseau à très fort maillage optique, on arrive à avoir chez les habitants du 10 à 100 Mbit pour une poignée d’euros. L’idée c’est d’amener la fibre optique au plus près de l’usager. Il y a des cas où c’est impossible pour des raisons de génie civile, de coût…Dans ce cas la solution alternative qu semble satisfaisante c’est le Wi-max ou le Wi-Fi. On ouvre courant mai à Pau une solution qui couvre en partie les zones ne pouvant être atteintes en fibre optique avec du Wi-max et du Wi-Fi. […] On inaugure également des salles de réunion virtuelles où les gens peuvent se voir de tous points de la ville et partager des applications et des dossiers. »

Thomas Defaye : « Et dans ce cadre est-ce que vous encouragez la ville de Pau à faire confiance à des PME innovantes ? Et si oui, lesquels ? »

Laurent Cervoni : « Alors là les rôles sont partagés, c’est Jean-Michel Billaut qu se charge de faire le tour d’horizon des entreprises pour la Communauté d’Agglomération de Pau. Et c’est ce qu’il fait, il parcours la France, l’Europe et au-delà à la recherche de ces entreprises innovantes. »

Thomas Defaye : « Alors je suis sûr que lorsque le temps du cocktail sera venu, beaucoup de chefs d’entreprises présents ce soir seront ravis de pouvoir discuter avec M. Billaut. Je pense à Gabriel Dib, de LUCEOR qu sera très enthousiaste d’expliquer comment il exploite un protocole ouvert créé à l’INRIA. En tous les cas je vous remercie tous d’avoir participé à cette table-ronde, je repasse la parole à Florence Ribes pour la dernière partie de cette soirée. »

Florence Ribes : « Merci messieurs c’était très intéressant. […] Maintenant nous allons avoir un dernier orateur qui est un spécialiste de la mobilité physique des hommes, il a un constat tout à fait passionnant qui est que l’homme au delà des ages et des siècles a toujours eu un temps de déplacement constant quel que soit ses objectifs et son activité. La question que j’ai envie de lui poser c’est est-ce qu’avec toutes ces nouvelles technologies on va toujours constaté ça dans le futur, c’est à dire est-ce qu’on va conserver cette constante dans les temps de déplacements ? J’anticipe sur la présentation de Jean Poulit. »

19h30 – Les enjeux de la mobilité physique des hommes par Jean Poulit, Conseiller du Directeur Technique de la Recherche du Ministère de l’Equipement et des Transports (Jean Poulit a exercé précédemment de hautes responsabilités au sein du Ministère de L’Equipement et du Ministère de l’Industrie ; il est le père de “Bison Futé” , de la “Chasse aux Gaspis”, Préfet, Directeur Régional de l’Equipement en Ile de France et DG de l’IGN) sur les enjeux de la mobilité physique des hommes.

Jean Poulit : « Merci et bonsoir à tous. Après tous ces débats sur les nouvelles technologies de communication électronique sui sont associés au nomadisme et à la mobilité je vais vous parler de la mobilité physique des hommes. Car il n’y a pas de mobilité électronique s’il n’y a pas de mobilité physique des hommes. Le paradoxe serait que demain les hommes ne se déplacent plus, les nouvelles technologies ayant remplacé le besoin d’échanges physiques. C’est ce que certain prédisent ! Dans ce cas là il n’y aurait plus besoin de toutes ces nouvelles technologies liés à la mobilité… Mais rassurez-vous il n’en sera rien. Comme je vais vous le montrer dans quelques instants les déplacements des hommes sont totalement insensibles aux nouveaux développements technologiques. Cela provient du fait que l’échange en face à face est 100 à 1000 fois plus intense qu’un mail envoyé. […] Le territoire qui permet aux hommes de se rencontrer est un espace de productivité, on en gagne jamais du temps dans ses déplacements par contre on élargit les territoires auxquels nous pouvons accéder. Ces territoires de plus en plus vastes permettent de rencontrer de plus en plus de monde. Les choix que nous pouvons faire sont de plus en plus efficaces. Et l’efficacité du choix créé de la valeur. Sachez que 40% du PIB provient de ce phénomène, des portées physiques de déplacement qui augmentent. Une partie de la création du territoire ce sont les hommes qui se rencontrent et ça c’est la première idée qu’il faut retenir. La deuxième c’est qu’une partie des déplacements n’a aucune fonction économique : nous nous déplaçons pour respirer, se ressourcer et récupérer du travail intense que nous pouvons conduire dans notre stressante vie quotidienne. Et dans ce cas là il n’y a pas de correspondance avec des salaires ou des PIB. C’est donc une utilité de bien-être que nous savons estimer.

Maintenant les enquêtes, je vais vous parler de l’Ile de France, 11 millions d’habitants, des enquêtes s’y effectuent depuis un quart de siècle. Première information : le nombre de déplacements effectués quotidiennement ne varie pas depuis un quart de siècle, c’est toujours 3,5 déplacements par jour et par personne. Deuxième élément : le temps consacré aux déplacements ne varie pas non plus, depuis 25 ans un déplacement dure en moyenne 29 minutes. Ce qu’il y a de plus étonnant encore c’est que la distribution de ces temps de transport est stable également, c’est à dire que le pourcentage est le même pour ceux qui font entre 0 et 10 minutes, 10 et 20 minutes, plus d’une heure… Par exemple les personnes qui passent plus d’une heure dans les transports représentent 9% , et cela n’a pas bougé depuis 25 ans. […] Retenez donc que le temps global de déplacement journalier (1h30) ne varie pas. Il y’a donc la question des investissements dans les infrastructure de transport. Si le temps de transport ne varie pas quelle est l’utilité de chercher à améliorer les infrastructures existantes ? Le message premier c’est que quand j’investis dans une infrastructure plus performante je vais plus vite. Si on prend l’Ile de France, tous les ans les vitesses de déplacement progressent, de l’ordre de 0,7%. Si je prends les déplacements à pied la vitesse moyenne augmente de 1,4% par an. Le territoire auquel on accède augmente quant à lui de 2,8% par an. Sur 25 ans ça fait 76% de plus et c’est justement parce que le réseau de transport est devenu plus performant. […] Ce phénomène est lié à tous modes de transports motorisés, que ce soit individuel ou en commun. »

20h – Conclusion par Maurice Khawam, Président NexTFund Capital & Président de l’IE-Club

Maurice Khawam : « Je voudrai remercier en mon nom et au nom de l’IE-Club tous les intervenants et les panélistes pour leur brio. Je voudrai saluer les dirigeants d’entreprises de la mobilité qui sont avec nous ce soir et qui sont nombreux : Arnaud Affergan, Rayonnance Technologies – Jérôme Bell, Extra Live – Jacques Bonnifay, Co-dirigeant Transatel – Pierre Col, Directeur Général Adjoint Jet Multimedia – Gabriel Dib, Président LUCEOR – Hugues Ferreboeuf, Directeur Général Inter-Mobile – Denis Gallon, Directeur Commercial ITRONIX France – François Loviton, Directeur Général Adjoint Inexbee – Philippe Mendil, Directeur des opérations iAnywhere France – Caroline Noublanche, Présidente Prylos – Olivier Picard, Co-fondateur Alladin Technologies – Michel Sasportas, Directeur Général DANEM… Comme vous le voyez nous avons parmi nous un certain nombre d’entrepreneurs et nous en sommes ravis. La réunion a été dense et je voudrai vous présenter l’IE-Club comme nous le vivons. Thomas Defaye et Florence Ribes, que je remercie chaudement pour la préparation de la soirée de ce soir, nous ont proposés le thème « la mobilité : une affaire de relations ». Notre objectif à l’IE-Club c’est de créer des relations utiles. Pour nous les relations utiles sont des relations qui sont entre l’entrepreneurs et l’écosystème et nous allons loin dans la définition de cet écosystème. L’écosystème c’est l’investisseur, la force publique et para-publique (je salue Paris Développement et la CCIP), la recherche (INRIA est un partenaire formidable) et les grands groupes (et parmi eux je salue particulièrement le groupe La Poste qui nous accompagne depuis plusieurs mois maintenant). Avec ces partenaires nous mettons en place deux choses : une prospective sur des thèmes importants pour nous (réflexion sur les relations entre PME innovantes et grands groupes), et des thématiques sectorielles sur lesquelles nous souhaitons apporter un éclairage en organisant des événements comme celui de ce soir. Pour terminer je voudrai dire trois choses :

  • si vous n’êtes pas membres de l’IE-Club c’est une faute professionnelle. Je vous invite fortement à nous rejoindre. Vous voyez bien à travers les réunions que nous organisons que nous sommes extrêmement actif dans le monde de l’entreprenariat et dans la ITech-économie.
  • Vos réflexions, vos idées, vos brèves nous intéressent. Nous avons une newsletter que nous publions une fois tous les deux mois. Si vous êtes entrepreneurs, que vous avez quelque chose à partager, nous sommes toujours à la recherche d’informations.
  • Enfin, avec la permission de M. Poulit, je vous propose un dernier déplacement entre la salle ici et le cocktail.

Bonne suite de réunion, encore une fois toutes nos excuses pour le retard et à très bientôt à l’IE-Club ».

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